Compte-rendu Séjour à Atar février 2010

Pour ce voyage, j’ai eu la chance d’être accompagné par Paule Fourny et Jacqueline Rousselle toutes deux ex-enseignantes et administratrices d’Emel. Grâce à leur expérience, le contact avec les enfants, l’Alliance française, ... et les réunions avec les deux professeurs du Centre Emel furent des plus constructifs.

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Nous arrivons à Atar le dimanche 31 janvier. Il fait déjà très chaud (36°). 14 h, nous nous rendons au Centre où les enfants prennent leur déjeuner. Regroupés sous la khaïma (tente mauritanienne) à l’abri du soleil, ils semblent très satisfaits du repas proposé. Nous leur posons quelques questions, mais ils sont très timides et malheureusement la plupart manquent de vocabulaire français pour nous répondre.

En soirée après les cours donnés au Centre Emel, nous rencontrons les 2 professeurs. Le professeur d’arabe nous semble compétent et motivé, mais nous ne sommes pas en mesure de juger son travail. Le professeur de français quant à lui est très intéressant, très motivé et parle parfaitement français. Les professeurs constatent que le niveau des élèves (en français et en arabe) est faible, et que même en extrapolant sur les connaissances à acquérir en 6e, il sera très difficile aux enfants de suivre au secondaire.

NB : Il faut savoir qu’à la fin de la 6e, les enfants doivent présenter un examen cantonal. Les mieux classés entre toutes les écoles d’Atar bénéficient d’une place soit au collège soit au lycée. Le nombre de places étant limité, seuls 200 élèves environ seront sélectionnés. Depuis la dernière réforme de l’enseignement (1999) alors que certains cours se donnent en arabe, les cours scientifiques (sciences, mathématique, géographie ...) se donnent uniquement en français. Nous avons eu l’occasion de consulter les manuels scolaires et les cahiers de 2 enfants de 1e secondaire : les programmes suivis sont belges, les socles de compétences belges sont appliqués et le vocabulaire utilisé dans les manuels est le même que celui utilisé chez nous pour nos élèves du général (la leçon de sciences que nous avons vue parlait de protozoaires, d’amibes, ...) Il va sans dire qu’avec les connaissances acquises en français en 6e primaire, les enfants rencontrent des difficultés quasi insurmontables. Les professeurs sont conscients du problème et déplorent que les programmes utilisés par le Ministère de l’Education ne sont pas adaptés à la Mauritanie ! Les deux professeurs du Centre pensent qu’il faudra une dizaine d’années d’efforts pour que le niveau du primaire permette aux enfants des écoles publiques (les écoles privées n’ont bien sûr pas le même problème) d’arriver à un niveau permettant un passage du primaire au secondaire.

Un autre problème est le manque d’homogénéité du niveau de connaissance des enfants. Les deux professeurs constatent et déplorent que se retrouvent parfois en 6e primaire des enfants qui ne savent pour certains ni lire ni écrire en arabe (ne parlons pas du français). Le redoublement n’existe pas en primaire !

Les enfants que nous accueillons actuellement au Centre (et qui sont en 4e ou en 5e) termineront donc leur cycle primaire soutenus par Emel et nous espérons bien sûr que quelques uns d’entre eux accèderont au secondaire. Lorsque nous devrons renouveler les classes, les professeurs insistent pour que nous choisissions des enfants de 2e primaire (plus malléables et en début de scolarité). Ils souhaitent que :

- les classes ne comptent pas plus de 15 enfants (le nombre actuel)
- que les classes soient homogènes. Pour ce faire, ils insistent sur une "bonne" sélection :

• les meilleurs élèves de chaque école choisie seront sélectionnés, ils devront apporter leur bulletin (de l’école du jour,   prouvant qu’ils sont réguliers aux cours, travailleurs et motivés)
• parmi les enfants retenus, ne seront sélectionner que les enfants issus de familles défavorisées
• après cette double sélection, les enfants seront soumis à un petit test par les professeurs du Centre

Les deux enseignants sont ainsi certains qu’ils formeront des classes homogènes, d’enfants motivés, désireux d’apprendre, avec lesquels ils pourront entamer un travail sérieux étalé sur les 5 dernières années du primaire.

Les professeurs souhaitent également pouvoir disposer de matériel audio (une TV, un lecteur DVD/DVIX) ainsi que de films documentaires (« C’est pas Sorcier » ou d’autres films didactiques qu’ils pourraient exploiter). Les professeurs souhaitent recevoir des cahiers de calligraphie (français et arabe), des livres pour constituer une bibliothèque (« J’aime lire », « Wakoo », « Les belles histoires » ou d’autres livres pour débutants). Ils insistent beaucoup sur le fait que les manuels dont ils disposent ne sont absolument pas adaptés à la Mauritanie (exemples de sujets de leçons : une belle journée à la plage, où vais-je passer mes prochaines vacances ?, fêtons Noël, visitons l’aéroport... !)

Enfin, les deux professeurs nous ont remis des évaluations du travail des enfants pour les deux classes. Nous devons nous réjouir que certaines notes sont excellentes. Nous avons aussi constaté que certains enfants, bien que très faibles, sont réguliers et/ou fournissent un effort. Par contre, dans chaque classe 2 enfants sont très souvent absents, ne font rien, dorment... Les parents ont été convoqués (pour la 3e fois) et nous les avons rencontrés avec les professeurs et Ely Cheikh le mardi 9 février. Les professeurs leur ont exposé les faits en leur expliquant par des exemples concrets l’attitude de leurs enfants. Ils ont insisté sur le fait qu’Emel donnait une chance à leurs enfants et que de nombreux autres enfants souhaitaient rejoindre le groupe.

En conclusion, nous sommes heureux de « sentir » nos deux professeurs très motivés pour donner à l’enseignement proposé dans notre Centre une réputation de qualité et de « locomotive », conscients qu’ils sont que le fait d’amener des enfants à la réussite est tout à leur honneur.



Informer
De gauche à droite, Paule, Ely Cheikh et Jacqueline en plein travail.


Le jeudi 18 nous nous sommes rendus à l’Alliance française à Atar. Subsidiée par le Ministère des Affaires Etrangères français, l’Alliance propose des cours de français pour tous les âges. De plus, l’Alliance possède une bibliothèque. Nous avons rencontré le directeur et sa secrétaire. Le directeur se plaint lui aussi des manuels inadaptés. Sa secrétaire nous a permis de feuilleter tous les manuels disponibles à l’Alliance... nous ne pouvons que constater qu’à ce niveau, ils ne sont pas mieux équipés que nous. Les manuels que nous possédons sont même plus récents...

C’est donc satisfaits du résultat engrangé durant notre séjour mais impressionnés par la tâche qui attend notre association, que nous sommes rentrés à Bruxelles le mardi 2 mars.

Jean-Marie Simon